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La fabrication de la fonte dans un haut-fourneau

La fabrication de la fonte dans un haut-fourneau - gryphea.com
Type : Photographie
Référence : IF 5510003
Auteur : Hervé CONGE
Edition et PresseNumérique et Internet

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La fabrication de la fonte dans un haut-fourneau

1. Du minerai de fer à une matière préparée
Le fer présent dans les minerais est essentiellement contenu dans des oxydes de fer, notamment l'hématite (Fe₂O₃) et la magnétite (Fe₃O₄). Après extraction, le minerai est concassé, broyé et éventuellement enrichi afin d'obtenir une matière présentant une teneur suffisante en fer.

Les particules les plus fines sont généralement agglomérées ou transformées en boulettes. On obtient ainsi des fragments résistants mais suffisamment poreux pour permettre aux gaz chauds de circuler efficacement entre eux dans le haut-fourneau.

2. Les trois constituants principaux de la charge
Le haut-fourneau reçoit principalement du minerai de fer préparé, du coke et des fondants, généralement à base de calcaire. Chacun possède une fonction particulière.

Le minerai apporte les oxydes de fer. Le coke, riche en carbone, fournit une partie de l'énergie nécessaire et participe à la production du monoxyde de carbone qui réduira les oxydes. Le calcaire contribue à éliminer les constituants minéraux indésirables en permettant la formation du laitier.

3. Un immense réacteur fonctionnant en continu
Les matériaux sont introduits par le sommet du haut-fourneau et descendent progressivement sous l'effet de leur poids. À la base, de l'air préchauffé, généralement autour de 1 000 à 1 200 °C, est injecté par des tuyères.

Le coke réagit avec l'oxygène de l'air et libère une grande quantité de chaleur. Des gaz très chauds se forment et remontent dans le four, tandis que les matériaux solides descendent : le haut-fourneau fonctionne donc selon un système d'échanges à contre-courant.

4. Des températures de plus en plus élevées
La température n'est pas uniforme à l'intérieur du haut-fourneau. Les matériaux introduits par le sommet sont d'abord séchés et préchauffés. En descendant, ils rencontrent des gaz de plus en plus chauds et subissent progressivement différentes transformations chimiques.

Dans les zones intermédiaires, les oxydes de fer perdent progressivement leur oxygène. Plus bas, les températures deviennent suffisamment élevées pour permettre la fusion du métal et la formation du laitier.

5. De l'oxyde de fer au fer métallique
La transformation fondamentale est une réduction chimique. Le monoxyde de carbone (CO), formé à partir du carbone du coke, capte progressivement l'oxygène lié au fer. Les différents oxydes sont ainsi transformés par étapes jusqu'à l'obtention de fer métallique.

De façon très simplifiée :

oxyde de fer + CO → fer + CO₂

Dans les régions les plus chaudes, le carbone intervient également dans les réactions. Le fer absorbe alors une partie de ce carbone : le liquide obtenu n'est plus du fer pur mais de la fonte.

6. Formation et séparation du laitier
Le minerai contient également des constituants qui ne doivent pas rester dans le métal. À haute température, le calcaire se décompose et contribue à former des composés capables de fixer une partie de ces impuretés.

Il se forme alors un liquide appelé laitier, constitué principalement de composés silicatés et calciques. Comme il est moins dense que la fonte, il flotte au-dessus d'elle dans la partie inférieure du haut-fourneau. Les deux liquides peuvent ainsi être soutirés séparément.

7. La fonte liquide
La fonte s'accumule dans le creuset situé à la base du haut-fourneau. Elle contient généralement 3,5 à 4,5 % de carbone et se trouve à une température voisine de 1 450 à 1 500 °C lors de la coulée.

Elle est régulièrement évacuée et transférée dans des poches ou des wagons-torpilles. Une grande partie rejoint ensuite l'aciérie, où sa teneur en carbone sera fortement diminuée pour produire de l'acier.

 

À retenir

Le haut-fourneau est bien davantage qu'un gigantesque four destiné à faire fondre du minerai. C'est un réacteur chimique fonctionnant en continu, dans lequel se déroulent simultanément des échanges de chaleur, des réactions de réduction, la fusion du métal et la séparation des impuretés.

Le principe peut être résumé ainsi :

Oxydes de fer + coke + fondants → réduction → fer enrichi en carbone + laitier → fonte liquide

Son efficacité repose notamment sur la circulation opposée des matières et des gaz : les matériaux descendent tandis que les gaz chauds remontent en leur cédant progressivement leur chaleur et en participant aux réactions chimiques.

Cette remarquable efficacité industrielle possède cependant un coût environnemental important. Le haut-fourneau traditionnel dépend fortement du coke issu du charbon. La production du combustible, sa combustion et surtout son rôle chimique dans la réduction des oxydes conduisent à d'importantes émissions de CO₂. Les gaz du haut-fourneau sont certes récupérés et valorisés énergétiquement, mais cela ne supprime pas le carbone finalement rejeté dans l'atmosphère.

Cette planche permet ainsi de comprendre un paradoxe caractéristique de nombreuses grandes technologies industrielles : le haut-fourneau est une machine extrêmement ingénieuse pour extraire à grande échelle un métal indispensable à partir d'une roche, mais son principe même explique pourquoi la production traditionnelle du fer constitue aujourd'hui l'un des grands domaines où la diminution de l'utilisation du carbone fossile représente un enjeu majeur.

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